Des auteurs de SF au collège d’Orgerus !

par Victoria LEGRAND

Malgré le confinement, les élèves de 3e4 ont travaillé sur l’utopie et la dystopie. Après avoir lu un roman classique de SF et analysé différents textes, ils avaient la possibilité de rédiger eux-mêmes une nouvelle de science-fiction. Voici les trois coups de cœur de leur professeur :

Entermind

La nuit commence à tomber sur la ville, les gratte-ciel, les écoles, les magasins… perchée en haut d’une maison j’ai une vue grandiose. Je jette un coup d’œil à ma montre : 21h35 le 11 mars 2075. J’ai encore un peu de temps avant le couvre-feu.
Ma grand- mère m’a souvent dit que notre ville pourrait ressembler à celles d’il y a 70 ans, si les immeubles n’avaient pas cette couleur extrêmement blanche, si la plupart des objets comme les voitures ne flottaient pas à un mètre du sol, si les patrouilles de police et les disparitions de personnes n’étaient pas omniprésentes.
Je fais partie des résistants, un groupe de personnes qui se battent pour découvrir la cause de ses disparitions. Moi-même, j’ai failli être enlevée à l’âge de 8 ans. Heureusement que mes parents étaient arrivés à temps.
Aux bouts de plusieurs mois de recherche, les résistants ont découvert que les personnes qui avaient disparus, réapparaissaient trois mois plus tard. A leur retour, leur comportement, leur goûts avaient changés, leur regard était vide de toute expression et ils portaient tous un bracelet. Ce qui paraissait étrange c’est que la police présentait ces disparitions comme des drames, mais ne cherchait pas à résoudre le mystère.
Peu à peu, nous avons compris : le gouvernement enlève des gens pour leurs mettre des bracelets qui contrôlent leurs pensées. Le gouvernement pourrait donc crée une armée surpuissante et mettre en place une dictature. Ce système s’appelle entermind. Au début, je n’ai pas cru cette nouvelle, mais de nombreuses preuves mon montré que c’était vrai.
***
J’ai à peine le temps d’entrer dans l’immeuble qui nous sert de quartier général, que ma mère arrive en courant vers moi :
Gabrielle ! Ça fait trois heures que tu es partie ! Où étais-tu ?
C’est bon maman ! Je suis juste partie me promener, lui dis-je en levant les yeux au ciel.
Non ! J’étais morte d’inquiétude ! Partir trois heures…
Je n’entends pas la fin de sa phrase, car un garçon de mon âge, grand, brun, apparait au bout du hall. Je m’avance vers lui en souriant. Pablo est mon meilleur ami. Cela fait trois ans que je le connais et nous nous sommes toujours entendus. Nous sommes les seuls adolescents qui faisons partis de la résistance. En effet, les enfants ne sont normalement pas admis, mais quand il a vu notre complicité, notre courage et nos qualités d’espions, Toni, notre chef, a été obligé de nous faire entrer dans l’équipe. Pablo me rejoint :
Pendant que tu faisais peur à ta mère, tu as raté une réunion, me dit-il, Alex et Louis ont découvert une information importante.
Qu’est-ce que c’est ? je demande de façon impatiente.
Au lieu de me répondre, il m’entraine dans sa chambre p je devine que ce qu’il a à me dire n’est pas ordinaire. Je m’assois sur un tabouret volant et attends qu’il ait fermé la porte.
Entermind est contrôlé en partie par internet, commence-t-il d’un air grave, si on arrive à faire sauter le réseau, entermind sera…
 … beaucoup moins actif et les gens qui l’ont retrouveront une partie de leurs pensées !
Je n’arrive pas à y croire ! Nous avons trouvé comment détruire en partie cette dictature ! Mais tout à coup, ma joie s’évanouit. Les centrales qui gèrent internet appartiennent au gouvernement et sont presque impénétrables. Je m’apprête à faire part de cette information à mon ami, mais je vois sur son visage qu’il le sait déjà.
***
8h11. Le 20 mars 2075. Je me réveille en repensant à la réunion d’hier soir.
Après une semaine de travail et d’expéditions risquées autour des centrales, les résistants ont trouvés une entrée dans l’une des centrales. C’est une bouche d’aération bien cachée mais pas gardée. Cela me rappelle certains films d’action que j’ai déjà vus. D’après Tino, elle est petite mais deux adolescents pourraient pouvoir s’y glisser. Eh oui ! Pablo et moi avons été choisis pour détruire cette centrale.
Quand ma mère l’a appris, cela la mise hors d’elle. Elle s’est mise à crier, à hurler, à répéter que nous n’avions que 15 ans… Mon père est venu la calmer, et lui a expliqué que si ce n’était pas Pablo et moi, alors personne ne pourrait le faire.
En même temps je peux comprendre ma mère : c’est une mission extrêmement dangereuse.
Tino nous a expliqué le plan hier. Ça se passera ce soir. Je croise les doigts pour que tout se passe bien.
***
20h10. Beaucoup de résistants sont venus nous souhaiter bonne chance. On sort de l’immeuble. Je commence à stresser. Non ! Tout va bien se passer. J’inspire profondément et je rejoins Pablo qui démarre la moto. Nous traversons la ville jusqu’à arriver dans un quartier insalubre. On se gare dans une ruelle sombre. Il faut maintenant que l’on reste caché quelques minutes avant qu’une voiture de police passe devant cette ruelle. Normalement, ils ne devraient pas y faire attention. Après nous aurions 15 minutes avant qu’une patrouille passe de nouveau.
Pour me détendre p je repense aux bons moments passés avec Pablo. Mais ma combinaison d’espion me ramène vite à la réalité.
La voiture de police passe. Pablo vérifie qu’elle n’est plus là, puis nous courons jusqu’à une ruelle proche. Je déplace une poubelle. Quatre bouches d’aération sont là. Trois sont des leurres : si on les touche une alarme se déclenche. D’après Tino, la vraie est celle qui est la plus à gauche. Je l’ouvre : pas d’alarme. Nous nous glissons à l’intérieur et commençons à avancer. Au bout de plusieurs minutes nous arrivons au-dessus d’une grille. Deux personnes sont immergées dans un film ??. Derrière eux se trouve un bureau où est posé un PASS.
Pablo, il faut que j’aille chercher ce PASS, il pourrait nous être utile, je lui chuchote.
Il acquiesce et dévisse la grille. J’atterris avec la souplesse d’un chat. J’attrape le badge, monte sur le bureau sans faire de bruit, et me hisse dans les tuyaux d’aération par la force de mes bras. Presque trop facile ! Nous continuons notre chemin jusqu’à arriver dans un couloir désert. Nous essayons d’ouvrir une porte avec le PASS. Raté ! Pablo sort alors son matériel de décryptage. Au bout de trois minutes la porte s’ouvre, mais hélas, un garde déboule dans le couloir :
Alerte…
Mon pied dans sa figure lui empêche d’en dire plus. Nous pénétrons dans la salle : des ordinateurs, des technologies avancées par centaines. Nous sommes d’abord figés par cette salle. Puis d’un coup, nous commençons à tout saccager : lazers, débranchement de fils, tasers, coup de pied… Tous les moyens sont bons.
Mais cela ne pouvait pas durer. C’était trop beau, trop facile pour être vrai ! Des gardes sont arrivés. J’ai cru qu’ils étaient tous là pour nous éliminer. Je ne sais pas par quel miracle nous avons réussis à sortir du bâtiment et à retrouver la moto. On a filé à toute vitesse à travers la ville, mais nos ennemis ne nous ont pas suivis. Je n’ai pas compris : pourquoi nous envoyer autant de personnes pour ensuite nous laisser partir ?
Nous rejoignons notre quartier. Pablo arrête la moto et me demande si ça va. Je ne lui réponds pas. Un oiseau à l’écart m’intrigue : j’ai eu l’impression qu’il nous a suivis. Soudain, la lueur rouge de ses yeux me fait tout comprendre.
C’est un robot !
***
Prise de panique, je cours jusqu’à notre immeuble. J’entends les pas de mon ami derrière moi. Plus qu’un virage, mais… trop tard ! Les gardes sont là, ils se battent contre les résistants, essayent de propager un feu, tirent dans tous les sens… Je me crois dans un film d’horreur.
Je m’élance dans l’immeuble pour tenter de retrouver mes parents. J’entre alors dans le combat. J’esquive des tirs de lumière paralysante, je me prends quelque chose de lourd dans la joue, je blesse en retour… Je remarque que Pablo est toujours là. Quand nous arrivons sur le toit je n’ai toujours pas trouvé mes parents. En revanche, Tino est là, très affaibli :
Gabrielle, Pablo, fuyez !
Mais les gardes nous entourent. Horrifiée, je les regarde avancer, des bracelets dans les mains, et nous faire reculer vers le vide.
Soudain, Pablo m’attrape et saute ! J’ai l’impression que le temps s’arrête pendants notre chute. Nous atterrissons sur une tente de chantier, mais cette dernière craque sous notre poids. J’ai le souffle court ma vue est brouillée, et ma jambe me fait atrocement mal. Pablo m’aide à me relever et nous courons. Pendant 10 minutes, une heure, un jour peut-être, nous courons.
***
On s’assoit par terre, essoufflés. Pablo grimace en se tenant le bras et son nez saigne. Moi, ma jambe à l’air cassé et une coupure me pique sur la joue. Mais je m’en fiche car je repense à ce qu’il vient de se passer. Nous n’avons plus nos parents, nous sommes seuls. Alors les larmes me submergent. Pablo m’attire contre lui et me prends dans ses bras. Je me calme car je sais qu’il est là. A deux nous pouvons nous en sortir.
Alors, toujours l’un contre l’autre, nous regardons le soleil se coucher sur la ville, les gratte-ciel, les deux derniers résistants…

Clémentine ADIER 3°4

Après la récente découverte de XUHSDC v65.2, le meilleur ordinateur type XUHSDC¹ (1Yo RAM)² créé par l’équipe de chercheurs la plus performante du monde, dirigée par Clarissa Dacer, la téléportation devient enfin envisageable : l’ordinateur a réussi à envoyer des données à la vitesse impressionnante de 10Zo/sec !³

¹ : eXtremely Ultra High Speed Data Center
² : Les smartphones de 2020 n’ont majoritairement pas plus de 10Go de RAM.
Petite échelle de valeur pour une meilleure compréhension :
- 1Yo=1024Zo
- 1Zo=1024Eo
- 1Eo=1024Po
- 1Po=1024To
- 1To=1024Go
Donc 1Yo vaut environ 1,1*10¹² To
³ : À une vitesse de 10Zo/sec, on peut transférer la totalité d’un corps humain en environ 6 sec.

« Tu as branché le circuit de refroidissement ?
- Oui bien sur ! Vérifie l’alimentation. »
C’était ainsi depuis deux jours. L’équipe de la version 65.2 vérifiait, réparait, testait, branchait, débranchait, revérifiait, sans relâche : on allait pouvoir se téléporter, il ne fallait pas se louper.
Après quelques heures, tout était fin prêt, la chef d’équipe devait donner ses ordres. Clarissa commença :
« Visiblement mes amis, la phase de test approche. Comme convenu, nous essaierons d’abord avec un objet quelconque, un chapeau par exemple, puis nous recommencerons. Si l’expérience est concluante, alors nous essaierons sur une masse plus grosse, comme toujours, nous recommencerons. Pour le reste, on verra demain. »
Une légère migraine la dérangeait. La chef prit un congé, quand elle reviendra demain, elle se sentira beaucoup mieux.
Le lendemain, elle revint dans son bureau. Elle fut soulagée de savoir que tout s’était passé comme prévu. Elle était même tellement contente qu’elle appela autant de monde que possible pour leur annoncer la nouvelle. Bien sur, les médias étaient déjà au courant : depuis hier, il s’était passé tant de choses qu’elle ne savait pas ! Après plusieurs heures passées à observer les résultats, à décrire ses impressions, écrire des comptes rendus pour expliquer comment son principe fonctionne en détaillant bien chacun des aspects, elle entendit un flash spécial sur BTMTV, expliquant sa découverte. Le monde entier s’extasiait devant cette découverte tout à fait invraisemblable !
Deux jours plus tard, elle était déjà sollicitée pour des interviews, et au bout d’une semaine, l’équipe avait déjà reçu presque un milliard de dollars de fonds pour continuer les recherches. Dans quelques semaines, Clarissa serait peut-être la personne la plus connue du monde ! La téléportation serait peut-être LA solution pour des problèmes du quotidien : plus besoin d’attendre des heures pour aller d’un point à un autre du globe, fini les meubles trop grands dans les escaliers trop petits, vous n’avez qu’à vous téléporter et le problème est réglé !
La téléportation allait changer la face du monde. En bien ou en mal ? Là n’était pas la question : personne n’avait jamais réussi un tel exploit, il fallait le fêter.

Quatre ans plus tard

Ça y est. Quatre longues années de passées, le test ultime arrive : l’Homme se téléportera dans quelques secondes. Clarissa, toujours sûre d’elle, a insisté pour être la première à servir de test. La téléportation fonctionne selon un système complexe à mettre en pratique, mais très simple à comprendre : on scanne le corps à téléporter, on désintègre le premier, puis on le recrée ailleurs.
« Tu es prête Clarissa ?
- Oui, parfaitement prête !
- Alors c’est parti ! »
On enclencha le décompte. Une fois la procédure enclenchée, plus rien ne pouvait l’arrêter
Six.
Clarissa, auparavant toujours sûre d’elle, se demanda si cela allait fonctionner avec l’humain. À cette question, deux réponses : soit non, et c’était la mort instantanée, soit oui, et elle devenait riche dans quelques heures.
Cinq.
Plus le temps de se poser de question. Ça avait marché avec des animaux, ça marchera avec un humain.
Quatre.
C’est à ce moment qu’elle se rendit compte qu’elle était perdue pour de bon.
Trois.
Si elle était recréée puis ensuite désintégrée, ce ne serait pas elle qui arriverait au bout de la chaîne, mais bien un autre être vivant, ayant la même apparence physique qu’elle.
Deux.
Impossible de reculer.
Un.
Elle fit ses adieux.
Désintégration

Clément Vallet 3e4

- “ Papa, on arrive quand ? 
- Bientôt, ne soit pas si impatient, tu le verras ce vaisseau. »

Après la réunion d’hier, il était évident que mon fils m’accompagne. Au début de l’été 2099, on m’a invité à tester le tout nouveau modèle de vaisseau, le SVE-21, créé par la Supersonic Vehicules Enterprises. Pouvant atteindre Mach 4 en un laps de temps impressionnant, c’est le plus rapide jamais créé. Et en tant que bon pilote d’essai, j’ai accepté. Comme mon fils est un passionné, je lui en ai parlé et j’ai obtenu l’autorisation pour qu’il puisse m’accompagner. Il a hâte d’assister à cet évènement important pour la technologie.

- « Nous sommes arrivés, fiston.
- C’est donc ici que tu vas piloter ?
- Exact. Mais rappelle-toi que tu as de la chance d’être ici ! Alors pas de bêtises, tu m’as compris ?
- Oui, je te le promets. »

Avant l’essai, comme toujours, le discours du chef. D’habitude je n’écoute pas trop car il se répète, mais il faut dire qu’aujourd’hui est une occasion spéciale.

- « En ce jour de progrès technologique, la réussite de ce test et la commercialisation de ce vaisseau couronnera cette année de succès, ce qui va clore en beauté le 21e siècle ! C’est un nouveau genre de vaisseau comme vous le savez, avec de nouveaux propulseurs thermiques, une durabilité qui dépasse de loin celles des autres modèles, et une nouvelle fonctionnalité, un pilote automatique reprogrammé, intelligent et connecté, qui peut se repérer avec les autres vaisseaux et exécuter des manœuvres de sauvetage tout seul, ce qui garantit la sécurité des personnes à bord. Tous les pays du monde vont se l’arracher, croyez-moi ! »

Près des hangars, mon fils me regarde monter à bord avec un soupçon d’anxiété mais aussi beaucoup de fierté dans ses yeux. Il doit vivre un des plus beaux moments de sa vie…

- « Mike, ici la tour de contrôle. Vérifiez que tout est opérationnel et vous avez l’autorisation de décoller.
- Reçu. »

Pleins gaz. Le vrombissement des moteurs se fait intense, et les trains ne touchent déjà plus le sol. Je reste cloué à mon siège à cause de l’accélération impressionnante de l’engin. Il a atteint sa vitesse de pointe assez rapidement, je fais quelques loopings.

- « Pour l’instant il marche à la perfection, il tient la route. C’est incroyable ! On ne croirait presque pas qu’il est français.
- Rassurez-vous, c’est bel et bien du made in France !
- Si j’étais étranger, j’aurais voté pour la Chine. Content que la France ait fait du bon travail !
- Bien, je crois que le test est concluant ! Vous pouvez atterrir à présent. »

Si j’avais su… Jamais je ne serais monté à l’intérieur de ce cockpit.
- « Mike, que faites-vous ? Sortez vos trains et revenez au sol, ce n’est pas un jouet !
- Figurez-vous que j’essaye ! Mais je crois qu’il y a un problème.
- Voulez-vous dire que… Les trains ne descendent pas ?
- J’en ai bien peur…
- Le pilote automatique devrait vous sortir de là, à part exécuter des manœuvres d’urgences il peut aussi faire tout ce que vous n’arrivez pas à faire.
- Très bien, je l’active…
- Alors, c’est bon ?
- … Plus aucune commande ne répond. Tout est bloqué, je ne peux même pas sortir du vaisseau. Je fais quoi ?
- …
- Jordan, tu me reçois ?

Je ne le savais pas mais, à ce moment-là, j’avais disparu des radars, et je filais à environ 700 km/h. Je n’avais plus aucun contact radio. J’étais perdu, et rien ni personne ne pouvait arrêter cette fusée…

Voilà une heure que le vaisseau vole sans discontinuer, toujours en maintenant sa trajectoire. Garder son calme à bord d’un appareil détraqué n’est pas si facile qu’on le croit… Je ne sais pas où je vais… J’aperçois le secteur 49 au loin, et les usines IRT, International Robotics Technologies. Puis, je survole mon quartier et ma maison, ça me soulage un peu. Toute l’équipe doit être sur mes traces et mon fils est en sécurité avec eux. Et puis, au moins le vaisseau garde sa trajectoire linéaire, sinon j’aurais pu m’écraser à tout moment. La nuit tombe et je commence vraiment à me demander si je m’en sortirai.

- « Chef, on a retrouvé sa trace, il se dirige vers la côte Atlantique.
- Peut-on établir un contact radio ?
- Pas encore, mais on y travaille. Je me demande encore comment cela a pu mal tourner… Tout d’un coup il a dévié et accéléré. Ce n’est qu’en entrant dans la base de données du pilote automatique qu’une telle chose peut arriver.
- Attendez, quoi ? Pouvez-vous répéter ?
- Ce n’est qu’en entrant dans la base de données que…
- Jordan, vous êtes un génie. Trouvez le petit malin qui nous a piratés et arrêtez-le sur-le-champ. C’est dans vos cordes ?
- Oui bien sûr. Je m’y mets dès maintenant.
- Vous feriez mieux de faire vite, Mike a l’air de se diriger vers la chaine Everest, nous avons approximativement trente minutes pour arrêter cet homme et sauver Mike. Alors essayez d’établir ce contact radio avec Mike pour l’avertir et identifiez puis arrêtez celui qui est à l’origine de tout ça. »

La chaine Everest est appelée ainsi car elle est composée d’une chaine de 22 buildings qui sont les plus hauts au monde, avec une hauteur variant de 1520 mètres à 1745 mètres, en référence au Mont Everest qui est le plus haut du monde. Elle est située près de Brest, sur la côte Atlantique. Elle a été construite à cause des changements climatiques et de la surpopulation, les zones habitables ont été restreintes et on a préféré construire en hauteur plutôt que de s’étaler sur la terre.

Sur ma gauche à présent se situe la « Cité des rêves ». Créée en 2074, elle avait pour but de divertir les gens qui n’étaient pas satisfaits de leur réalité. Mais le projet était trop couteux et n’a pas abouti, et cette cité est devenue un endroit assez malfamé dans laquelle se trouvent tous types de délinquants. Avec la guerre civile de 2076, elle est tombée en ruines, offrant à ces délinquants de nombreuses cachettes pour échapper aux autorités. L’endroit est tellement instable que personne ne veut s’y aventurer, à part eux bien sûr, ce qui fait qu’ils n’ont jamais été arrêtés. Et à cause de cela, on ne peut pas détruire le chantier pour laisser place à une éventuelle autre construction car des vies humaines s’y trouvent.

- « Mike, vous me recevez ?
- Jordan ? Bon dieu oui, le silence radio était long à supporter. Mais que se passe-t-il ?
- Ecoutez bien et ne m’interrompez pas. Votre vaisseau a été piraté par un certain John Stormer. D’après nos dossiers sur lui, il a travaillé pour l’armée américaine de 2089 à 2096, après quoi il a été renvoyé pour tentative d’accès à des données confidentielles. Il s’est ensuite exilé en France pour se faire oublier, en jurant à l’Amérique qu’il montrera ce dont il est capable pour y rentrer à nouveau. Nous supposons donc qu’il a piraté ce vaisseau hautement sécurisé pour montrer aux Etats-Unis ce qu’il vaut. Ses dossiers médicaux prouvent cet acte, il est fragile mentalement et s’emporte très vite. Mais ce que je vais te dire là est très important. Tu te diriges droit vers la chaine Everest, il veut te tuer et par la même occasion des centaines d’autres personnes présentes dans les buildings. Nous avons son adresse et des agents de police se dirigent vers lui. Ils ne vont pas tarder. Il te reste dix minutes avant l’impact. Dès que le pilote automatique se désactive, grimpes le plus haut que tu peux pour éviter les immeubles et tu rentres à la base Tu as tout compris ?
- Cela fait beaucoup à digérer d’un coup mais oui, je suis paré à monter.
- Reste à l’affut, et bonne chance.
- Jordan, promets-moi que le plus beau jour de la vie de mon fils ne devienne pas une catastrophe, c’est compris ?
- Je ne peux rien te promettre, Mike. Tout va bien se passer ne t’inquiètes pas, ils seront entrés dans le bâtiment dans une minute, il t’en restera deux pour braquer le manche. »

Cette minute aura été la plus longue de ma vie, et par la même occasion la dernière…

- « C’est bon Mike, je t’avais dit qu’il ne fallait pas t’en faire, on le tient. Je parie que tu as eu des frissons, hein. On se revoit à la base.
- …
- Mike, tu me reçois ? Mike ?

- Jordan, nous avons perdu le signal du SVE-21…
- C’est impossible… Il avait largement le temps de grimper !
- Sur nos écrans on peut voir que le pilote automatique n’a pas été désactivé…
- Vous me faites marcher ! Allumez les infos ! »

« Un des tous nouveaux vaisseaux de SVE conçu par nos ingénieurs français aurait perdu le contrôle lors d’un essai, parcourant des centaines de kilomètres et viens de percuter le building le plus haut de la chaine Everest, causant la mort de 5206 personnes dont le décès est constaté, plus 125 probables dont les corps n’ont pas encore été retrouvés. Le montant total des dégâts s’élève à plus de 3,47 milliards d’euros, ce qui fait de cette journée la plus grosse catastrophe de l’aviation depuis 2058. Les autorités ont bien voulu nous révéler l’identité de l’auteur de cette catastrophe, John Stormer, qui a été arrêté dans le courant de la nuit, quelques secondes avant l’impact. Il encourt alors 15 ans de prison et une amende de 1 000 000 euros. »

- « Mike… Bon sang… Je t’avais promis que rien ne gâcherait cette journée si importante pour ton fils… »

La mort de Mike nous a dévastés. Quand il a fallu le dire à Norman, le fils de Mike, j’ai tout de suite vu qu’il avait remarqué que quelque chose n’allait pas… Il en voulait énormément à John Stormer pour son crime mais j’espère qu’il saura surmonter cette épreuve et pourquoi pas reprendre le flambeau de son père pour honorer sa mémoire…

…..

11 ans plus tard…

Je suis Norman Horns, fils de Mike Horns. L’incident de la chaine d’Everest de 2099 m’a traumatisé car mon père était dans un vaisseau et n’a pas pu y échapper. Mais cela n’a en rien cassé mon rêve, celui de devenir pilote comme mon père l’a été avant moi. La SVE a pensé des vaisseaux plus sécurisés pour éviter un drame de ce genre. Et aujourd’hui en 2110, j’ai 23 ans et c’est leur tout nouveau vaisseau que je vais tester.

- « Ton père aurait été fier de toi Norman, tu le sais.
- Je me rappelle encore du jour où je l’ai vu décoller, c’était magique.
- Eh oui… Il a été un bon ami pour moi… Mais bon, trêve de nostalgie, tu as un petit bijou à faire décoller toi aussi.
- Je n’ai même pas le trac, c’est un honneur pour moi de décoller là où il a décollé aussi. Bon, je me lance ! »

- « Alors, ça se passe bien en haut ?
- Oui, c’est super ! Mon plus grand rêve se réalise enfin…
- Le vaisseau m’a l’air correct d’après ce que tu m’as dit. Tu peux atterrir.
- Quoi déjà ? C’était court.
- C’est un test, pas un road trip.
- Très drôle, Jordan.
- Bon allez cela suffit, descends.
- Jordan… Je… Je crois que j’ai un problème avec les commandes… »

Raphaël Laval 3e4